Dans une boîte à lettre ordinaire, que trouve-t-on ? Des publicités tapageuses, des promos de grandes enseignes — moins cher chez A… encore moins cher chez L… — des imprimés administratifs, des convocations, des factures. Dans une boîte à l’être, c’est tout  le contraire puisqu’elle contient les mots les plus chers, à l’instar des «mots bleus qu’on dit avec les yeux», ceux qu’on garde au cœur comme un trésor précieux.

Quand les habitants des 850 ont quitté leurs appartements voués à la démolition pour cause d’Opération de renouvellement urbain (ORU), ils ont emporté l’essentiel de leurs biens matériels et immatériels, ne laissant sur place que le dérisoire «chez-eux» d’une boîte aux lettres à leur nom. Et c’est l’intimité de ces petits espaces privés qu’ont recréée, à leur idée, trois artistes plasticiennes friandes de papier mâché ! A partir de récits de vie et de recettes d’ici ou d’ailleurs, écrits par les habitants eux-mêmes, elles ont mis en scène leur petit théâtre des goûts et des couleurs, illuminé d’espoir et pimenté d’humour.

Après quoi, Nathalie Thomas, Eléonore Lepièce et Marie-Christine Boutinon ont pris par la  main des groupes d’adultes et d’enfants du quartier qui, à leur tour, ont mis un peu, beaucoup, passionnément d’eux-même à l’intérieur de leurs boîtes à l’être. Leur porte est ouverte, ceux qui vivaient là ont jeté la clé. Libre à vous d’y glisser un œil.

Claude Rapp
Animatrice d’ateliers d’écriture

(Photos Marc Balutaud)